Vos témoignages

 

Mais regarde... Souviens - 15/01/2013 par Nylblouse

1966. Ma mère profite d’un jour sans école pour m’emmener au marché. Je marche à côté d’elle. Il fait doux. Ma mère fait ses courses. Nous passons devant un étalage tenu par un couple d’amis de mes parents. Ils vendent des vêtements, de la mercerie. Des blouses de nylon sont suspendues à des cintres accrochés à une armature métallique supportant une bâche. Je regarde les blouses se balancer au vent. Le nylon a des reflets brillants que je sais de loin. On me fait essayer une blouse verte à boutons dorés, col en V, deux poches plaquées devant. Je passe mes mains sur le nylon, je glisse mes mains dans les poches. J’aime cette blouse.

Pendant ce temps, la vendeuse étale d’autres blouses devant moi. Des bleues, vertes, grises, écossaises. On me regarde, me fait tourner sur place, je tends les bras pour vérifier la longueur des manches. Puis je vois une longue blouse bleu foncé à boutonnage sur le côté avec une ceinture rouge en tissu épais fermée par une boucle de métal, deux poches plaquées devant plus une sur la poitrine. Je veux cette blouse. J’enlève la blouse verte. Pendant ce temps, la vendeuse déboutonne la blouse bleue. Elle ouvre la blouse, je m’y engouffre. Elle m’aide au boutonnage, puis doucement me ceinture. La blouse m’enveloppe entièrement. La ceinture accentue la présence de la blouse tout contre moi. On me regarde de plus près. A nouveau, je tourne sur place. Mes yeux passent de la blouse à la vendeuse, de la blouse à ma mère. On nous propose encore une ou deux blouses mais je n’y prête plus trop attention. Je veux celle-ci. Je la garde sur moi ? Je voudrais répondre « oui ». Je voudrais dire « j’aime porter cette blouse, je voudrais toujours la garder sur moi , elle est belle, elle me va bien ». Je ne réponds pas. Je regarde ma mère. Elle sort son porte-monnaie, « je te dois combien ? ». Elle paye, nous partons.

Je suis en blouse, je marche en blouse, dehors, loin de l’école, avec cette longue blouse. Je suis un peu mal à l’aise. Qu’en sera-t-il du regard des autres, les copains , les copines ? Le plaisir est là mais change de goût. Nous arrivons devant la petite HLM puis montons les trois étages. Sur le mur du palier, entre le deuxième et troisième étage, j’ai écrit en tout petit sur le mur : j’aime les blouses. Je l’ai écrit il y a quelques mois déjà. A qui aurai-je pu le dire ? Peut-être quelqu’une le lira ? qui peut bien aimer ainsi les blouses ? « Moi aussi j’aime porter des blouses » aurait elle répondu. Mais rien, jamais rien. Nous rentrons chez nous. D’habitude je ne garde pas ma blouse à la maison. Je la retire. C’est sûrement cette attirance particulière envers les blouses qui me fait l’enlever dès mon retour d’école. Il me faut faire comme si je n’y prêtais aucune importance. Pourtant je garde ma blouse. Elle est neuve. Puisqu’elle est neuve il me semble que je peux la garder sur moi sans faire preuve d’anormalité. Je peux rester en blouse. Un vêtement neuf on aime le porter, on le passe tout de suite, il n’y a là rien de plus normal, donc je peux « normalement » garder sur moi cette blouse. Alors, le plaisir s’installe sans honte aucune.

Du temps à passé et la blouse bleue passe le relais chaque semaine avec une autre blouse, écossaise, plus courte, col en V, à boutons dorés. Depuis l’achat de la blouse bleue, je passe du temps en blouse en dehors de l’école, mais les copains en blouse se font plus rares alors, il me faut plus de courage pour la garder sur moi. Les filles, par contre, sont souvent en blouse. Parfois, de retour du collège, elles en changent. Elles ne doivent pas salir la blouse qui chaque jour les transforme en collégiennes. J’entends le petit pas de Fatima qui monte l’escalier, passe devant ma porte pour rejoindre le dernier étage. Quand nous sommes venu habiter ici, j’avais six ans, Fatima aussi. Nous avons grandi. Fatima porte une blouse en nylon crème, à manches longues, col en V, fermée sur le devant. La porte claque. Bientôt je sais qu’elle la troquera pour une très belle blouse de nylon bleu ciel, ras du cou, à manches longues, boutonnée sur le côté. Ou bien ce sera la blouse de nylon rose et boutons transparents bleus, manches longues, col ras du cou, fermée dans le dos.

Je sors de chez moi et vais m’assoire sur le petit muret face à la porte d’entrée vitrée de l’immeuble. Quelques minutes plus tard Fatima redescend. Vêtue de sa blouse bleue, elle porte un panier à linge pour y déposer les vêtements déjà secs accrochés aux fils derrière l’immeuble. Je me lève et vais me poster au bas de l’escalier qui mène au petit garage par où repassera Fatima. Peu de temps après, Fatima revient, son panier à linge sous le bras. Elle arrive devant moi. Fatima attend que je lui cède le passage. J’ai dit je t’aime à Fatima. Je ne reconnais pas ma voix. Elle me regarde, surprise. Je lui parle. Je l’aime, elle est belle, elle écoute, je pose ma main sur son bras, elle ne bouge pas, toujours je parle à Fatima, j’approche mon visage de Fatima, je pose un baiser sur sa bouche, elle recule vers la porte du petit garage à vélos et nous disparaissons des regards, nous sommes seules, je m’approche à nouveau, je l’embrasse plus longuement, je suis aussi en blouse, le crissement de nos blouses l’une contre l’autre, nos respirations, mes mains caressent Fatima en blouse, nous restons là un instant sans plus rien dire, parfois, son regard se détourne pour vérifier que personne ne vient, je passe mes bras autour de sa taille, elle fait de même, à nouveau un long baiser et nos bras enserrent nos corps emblousés de nylon, Fatima se dégage un peu, « je ne peux pas rester », « attends » je lui rajuste sa blouse, elle me sourit, je la retiens encore un peu, je lui prends la main et à nouveau l’attire vers moi, elle résiste à peine, c’est elle qui entoure ma taille pour un dernier baiser, puis elle monte quelques marches,  « demain… ». Je reste un long moment seul, en bas, puis je rentre chez moi où j’entends, juste au-dessus de ma chambre, le petit pas de Fatima.

En 1971, Sylvie, du lundi au vendredi, porte une blouse de nylon. Elle a de longs cheveux bruns qui glissent sur le nylon de sa blouse quand elle bouge la tête. Aujourd’hui elle garde sur elle une blouse de nylon bleu claire à manches longues boutonnées, col en V et une ceinture qui accentue sa taille fine. C’est ainsi que je la vois quand elle m’ouvre sa porte. Sa mère est là aussi. Nous devons aller, elle et moi, dans un petit magasin pour essayer des blouses. Sylvie a accepté facilement de venir pour cette séance d’essayage après m’être inventé une amie boulangère (!) à qui je voulais offrir une blouse pour son travail. J’aurai dû enlever ma blouse me dit-elle en descendant l’escalier.

On marche l’un à côté de l’autre. Les fines jambes de Sylvie soulèvent à chaque pas les pans de sa blouse dont le nylon caresse les genoux. J’ouvre la porte de la petite boutique faisant tinter une clochette. On y vend divers vêtements pour femmes. La vendeuse nous accueille. Elle est seule. J’aurai mal supporté la présence d’un homme. « Nous venons pour acheter une blouse ». La vendeuse, qui semble être la propriétaire du magasin, nous présente plusieurs blouses de nylon. Sylvie ôte la sienne et propose de passer une blouse blanche à pois orange, fermée sur le devant, col Claudine et manches courtes bouffante. Les deux femmes trouvent la blouse gaie. La vendeuse guide Sylvie devant une grande glace. Elle prend des poses, demande mon avis, semble s’amuser. J’approche de Sylvie, je passe mes mains sur ses épaules, sur ses hanches. Sylvie me regarde. J’étire un peu le temps. « Oui, elle te va bien, mais essaye la rose, je voudrais te voir avec ». Sylvie obéit. Elle retire la blouse à pois. Entre temps, j’ai pris la blouse de nylon rose avant que la vendeuse ne la lui présente. Je la déboutonne et m’avance vers Sylvie qui tend un bras pour le glisser dans la manche. Je lui montre la blouse qui se ferme dans le dos et lui demande de se tourner. Je lui présente la blouse en plaçant mes mains devant elle. Elle tend les bras et les glisse dans les emmanchures. Doucement je remonte la blouse et enveloppe Sylvie de nylon rose. Puis, je ferme la blouse en commençant par le col et me retrouve agenouillé au dernier bouton. Sylvie glisse ses mains dans les poches et en ressort une ceinture de nylon rose. Je la mets ? Je prends la ceinture, passe mes bras autour de sa taille et la lui noue.

Tout en poursuivant les essayages, je fais en sorte que la conversation ne dévie pas de mon sujet favori : les blouses de nylon, le grand choix de couleurs, les coupes, la longévité… Sylvie se tourne vers moi, se montre à moi. Tout est concentré là, sur les blouses de nylon, sur Sylvie qui s’expose à mon regard et devine bien les choses, dans le petit magasin où au fur et à mesure les blouses s’étalent. Je voudrais rester encore au milieu des blouses de nylon avec Sylvie qui s’emblouse et s’amuse. Mais le temps passe et je sens qu’il me faut choisir. Je fais durer encore un peu, hésitant entre deux blouses. Je prends la blouse bleue claire, à col Claudine, fermée devant, boutons dorés, manches longues et ceinture. Ce sera la première blouse de ma longue collection. Sylvie passe à nouveau sa blouse et nous sortons dans la rue. L’époque est à l’imperméable de plastique bleu, rose, jaune, blanc... Souvent, mon regard se pose d’abord sur les jambes des femmes en marche. Là, apparaît par intermittance, au rythme de la marche, le nylon tant espéré. Apparition / disparition. Mon œil est exercé. Il ne laisse passer aucune blouse de nylon, fût-elle presque entièrement cachée sous un lourd manteau. C’est tout d’abord la couleur qui retient le regard. Une certaine brillance aussi, mais comme en décalage. Les teintes singulières ( ? ) des blouses de nylon jamais ne se confondent avec les autres vêtements. Elles jaillissent sur quelques centimètres et pour un temps parfois très court, mais jamais n’échappent à mes yeux.

Elle marche le long des rues. Elle porte La blouse. Personne ne l’a vue, ne l’a remarquée. Le mouvement fût léger, vif, le petit bout d’ourlet a déjà disparu mais la blouse est là, recouvrant tout son buste pour finir aux genoux. La blouse lui appartient, elle appartient à la blouse. Il en sera ainsi pour la journée. On peut penser qu’elle prend soin de son apparence. De la blouse de nylon qui aujourd’hui la donne à voir. A voir enveloppée dans sa blouse. Bien sûr, le plus souvent elle l’oublie, toute occupée qu’elle est du travail de la journée. Mais, parfois, de temps en temps, la blouse se rappelle à elle, revient à elle. Alors, elle resserre la ceinture, rajuste le col ou les poignets…

A nouveau, les filles marchent dans la rue. La blouse est plus longue. Elle offre en permanence, en deçà du manteau, tout le bas de la blouse. Ainsi, je peux mieux deviner quelle sorte de blouse les habille. Fermée sur le côté, sur le devant, dans le dos, zip, boutonnage incolore ou coloré,… J’en apprends un peu plus. Les jours ont rallongés, le temps s’est adouci. Elle marche tranquillement à travers les rues. Ses mains dans les poches du manteau, elle le tient grand ouvert et offre à nos regards l’élégance de la blouse. « Voyez comme elle me va, comme je sais la porter » ! J’ai reconnu la boulangère qui occupera la journée dans sa longue blouse rose, la vendeuse de l’épicerie qui parcourra les rayonnages dans sa belle blouse de nylon orange et bien d’autres encore dont je ne sais l’occupation mais que je connais par blouse interposée. Les blouses s’animent du mouvement des jolies jambes des femmes. A chaque pas, une caresse de nylon. Parfois, furtivement, comme en cachette, une femme passe, vêtue simplement de sa blouse de nylon.

 

 

 

 

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