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La Poste / Chapitre 1 - 08/04/2015 par Bernard

 

Les ennemis des blouses PTT

Après ses études de secrétariat, une de mes sœurs est finalement devenue employée des PTT. De ce fait, elle a vécu toute l’épopée des fameuses blouses nylon de la poste et, comme nous allons le voir ci-après, elles n’étaient pas totalement inutiles.

Une nouvelle blouse était fournie tous les six mois. Seul(e)s les cadres étaient dispensé(e)s du port de la blouse. Les employées féminines avaient une blouse bleu-ciel, tandis que les personnels des centres de tri avaient des blouses bleu-marine. Les blouses avaient deux grandes poches s’ouvrant en biais sur le côté, plus une petite poche porte-stylos sur la poitrine gauche, qui portait le logo de la poste. Ces blouses avaient une ceinture cousue sur le côté droit, qui se nouait se le devant, mais de nombreuses postières n’aimaient pas les ceintures et s’empressaient de la découdre dès réception de leur blouse neuve. Elles existaient en deux longueurs : soit 100 cm, soit 106 cm, mais certaines postières les raccourcissaient. Les manches étaient longues avec un poignet boutonné.

Les filles qui distribuaient le courrier ou qui travaillaient dans les centres de tri avaient une blouse nylon identique, mais de couleur bleu marine, pour que la salissure plus marquée de leurs travaux ne se voit pas trop. Les collègues masculins avaient une blouse blanche au guichet et grise dans les centres de tri, avec les poignets ouverts, une martingale dans le dos et une poche intérieure, pour les portefeuilles.

Chez les femmes il y a eu divers modèles. Les plus anciens étaient des blouses de nylon fin de couleur bleu pale, dites de « fabrication familiale » (dans le col « C.F.le » et la taille), mais il y avait aussi d’autres fabricants dont les noms se trouvaient sur l’étiquette de l’encolure (C. BOCAGE, S.T.E.B., etc.). Elles avaient un logo brodé cousu sur la poche de la poitrine, souvent sur un nylon d’une couleur légèrement différente de la blouse. Les plus anciennes pouvaient se boutonner jusqu’au cou par 7 boutons bleu marine, mais elles pouvaient aussi se porter le col ouvert. Ensuite il y eu des blouses au nylon et logos similaires, mais qui n’avaient que 6 boutons en plastique blanc, laissant le col « tailleur » ouvert.

Ultérieurement, le type de nylon a évolué pour un nylon plus épais et d’un bleu plus vif. Le logo de la poche poitrine était floqué, ce qui était plus joli car il était brillant, mais il avait tendance à se désagréger et à pâlir au fur et à mesure des lavages. Les premières blouses de ce type avaient pour logo l’oiseau traditionnel des postes, en 5 parties, tandis que celles qui ont fait leur apparition vers 1975 avaient pour logo un oiseau stylisé, en 3 parties.

Dans les années 1980, ces blouses passèrent du nylon au polyester. Elles avaient uniquement 5 boutons et tout le bas de la blouse n’était pas boutonné. Les revers des trois poches étaient de couleur bleu marine. Les manches ne se boutonnaient plus et elles pouvaient se porter descendues ou légèrement relevées.

Ces blouses étaient bien pratiques. Voici ce que j’ai retenu de l’expérience de ma sœur et de ses collègues.

Tout d’abord il était très rare de voir des blouses non salies par les sacs postaux qui vous grisaient rapidement le devant, lors du maniement des sacs, le matin et le soir pour le tri final dans le bureau de poste, avant l’envoi par camions des lettres et paquets déposés au cours de la journée.

Le deuxième ennemi des blouses était sans conteste le Bic. Les postières étaient dotées de Bics non rétractables et sans capuchons qu’elles glissaient dans les poches de leur blouse quand elles se déplaçaient. Ma sœur m’expliqua qu’elles n’avaient aucun espace personnel pour poser leur Bic, ciseaux, cutter, alors elles enfournaient le tout dans leurs poches comme elles pouvaient. Les postières faisaient attention à ne pas se tacher, mais il arrivait qu’elles fassent des marques de Bic aux entrées de leurs poches et dans leurs poches. C’était tout particulièrement le cas des filles qui voulaient ranger leur Bic dans leur poche poitrine, ce qui était quasiment impossible sans marquer sa blouse au-dessus de sa poche poitrine en rangeant son Bic.

Les ciseaux dans les poches n’allaient pas toujours aussi sans poser problème car, même correctement refermés, les ciseaux avaient tendance à trouer le fond des poches des blouses lorsque les postières s’asseyaient. Les cutters ne posaient pas de problème car leur lame était rétractable et il était rare de donner un coup de cutter dans sa blouse, même si cela arrivait parfois.

Les poches étaient tellement utilisées qu’il n’était pas rare de voir certaines blouses décousues aux entrées des poches ou ayant le fond des poches décousu. Les intéressées étaient alors obligées de rapporter leur blouse à la maison pour en refaire la couture, repriser un trou, mais certaines demeuraient pendant des semaines avec des poches partiellement arrachées, sans que cela ne dérange leur propriétaire, attendant l’arrivée d’une blouse neuve quelques mois plus tard.

Les filles qui relevaient les boites aux lettres dans les rues et celles qui travaillaient en centre de tri avaient des blouses marines qui étaient souvent griffées ou partiellement déchirées. En effet, passant d’une boite aux lettres à une autre, pour relever le courrier, on leur donnait des grands paniers en plastique qu’elles devaient mettre sous les boites, avant de les ouvrir (sinon tout le courrier tombait par terre), en bloquant le panier avec leur ventre pour le plaquer sur le mur sur lequel la boite était fixée, ce qui, répété des dizaines de fois par jour, limait progressivement le devant de leur blouse et leur donnait un aspect minable. En sus, le maniement de ces paniers ne faisait généralement pas bon ménage avec les boutons des blouses qui se trouvaient souvent arrachés ou avec les entrées de poches qui subissaient le même sort.

Le seul point positif de ces blouses était leur couleur car les zébrures des Bics ne se voyaient quasiment plus.

Passant du combiné téléphonique, pour passer une ligne à un client, au maniement du Bic pour mettre à jour les livrets de la caisse d’épargne, il n’était pas rare, malheureusement, que les postières se zèbrent involontairement la poitrine d’une balafre de Bic. Le Bic dans la bouche ou en mains en recherchant un paquet ou une lettre recommandée dans les tiroirs de rangement derrière les guichets, les postières, se faufilant derrière ou devant leurs collègues qui en faisaient autant, il arrivait même qu’un Bic rencontre le dos ou la manche de la blouse d’une collègue dans une sorte de télescopage !

Il y avait aussi les Bics qui fuyaient (à cette époque les stylo-bille fuyards n’étaient pas rares). C’était tout un problème car il fallait éliminer le surplus d’encre qui s’accumulait au bout de la bille, sous peine de faire des pâtés sur les livrets d’épargne, ce que le receveur du bureau de poste n’aimait pas du tout. Faute de papier de brouillon qui n’était pas fourni, les postières essuyaient donc ce surplus d’encre sur leurs blouses. Pour éviter que cela macule leur blouse, certaines essuyaient leur Bic dans leur poche tandis que d’autres utilisait la profondeur des plis de leur poignet boutonné pour y essuyer leur Bic sans que cela ne se voit. Certaines tartinaient aussi leurs cuisses car, quand elles se levaient, le devant de leur blouse tourné vers le public restait plus propre. Les désinvoltes (et elles étaient nombreuses) ne se donnaient pas toute cette peine et elles mouchetaient tranquillement le devant de leur blouse à chaque bavure de Bic !

Finalement, rares étaient les blouses non zébrées ou mouchetées, m’a dit ma sœur, même si la majorité des guichetières essayaient de maintenir leur blouse aussi propre que possible.

Les blouses devaient aussi résister à l’usure due au frottement des ventres des postières sur les guichets, généralement en bois, qui limaient progressivement le devant des blouses des postières. Mais ces blouses étaient extraordinairement solides : elles se lustraient, mais on n’en venait jamais à bout, même après plusieurs années. C’est la force du nylon qui a une résistance, à diamètre de fibre identique, proche de l’acier !

Mais les ennemis des blouses étaient nombreux.

Il y avait aussi la colle des colis qui dégoulinait facilement sur votre blouse si l’on ne faisait pas extrêmement attention (les paquets-poste cartonnés n’existaient pas encore et les paquets se faisaient avec du papier kraft, de la colle maison et de la ficelle).

L’ennemi quotidien était aussi les négresses : ces blocs de tissus qu’il fallait encrer tous les matins et sur lesquels on tamponnait le fameux tampon à date de la poste avant d’oblitérer les timbres des lettres et colis, mais aussi les livrets d’épargne. Tous les matins, chaque postière devait prendre son tampon à date (on disait timbre à date) et le mettre à jour en tournant la date en cuivre qui était au milieu du tampon. Comme ces tampons n’avaient pas de mollette, on commençait sa journée au guichet en se mettant plein d’encre sur les doigts, que la plupart des postières essuyaient sur leur blouse. Venait ensuite le remplissage d’encre de la négresse : c’était plus simple et moins dangereux, mais lourd de conséquences pour les béotiennes si elles y mettaient trop d’encre. En effet, dans ce dernier cas, dès que l’on tapait son tampon à date sur une négresse trop encrée, cela vous projetait de l’encre sur votre manche, dans une espèce de splash, créant sur le nylon une multitude de petites étoiles d’encre ! Bref, les postières débutantes pouvaient se retrouver rapidement bien décorées si elles n’y prenaient pas garde.

C’est pourquoi la plupart des postières mettaient le matin une vieille blouse par-dessus leur blouse de la journée, pour ne pas la tacher dès le matin, préférant ainsi, continuer de tacher une vieille blouse qui ne craignait plus rien. Ainsi, cela permettait d’être plus propre au guichet devant les clients, ce que ne pouvaient pas faire les stagiaires et les débutantes qui n’avaient encore reçu qu’une seule blouse qu’elle devait porter tachée devant les clients. En sus, il fallait faire bien attention à ne pas laisser trainer son tampon à date trop près de soi, sous peine de marquer sa blouse de taches noires.

Néanmoins, ma sœur me disait que l’on voyait bien l’avancement de la semaine à « l’avancement » de la saleté et des taches sur les blouses en nylon des postières.

Bien entendu il existait aussi, dans chaque bureau de poste, quelques filles plus désinvoltes ou en courroux contre le port de la blouse obligatoire, qui n’étaient pas très regardantes quant à l’allure de leur blouse et qui la noircissaient de tas de coups de Bic ou de traces d’encre. Certaines faisaient même, le midi, assises à table à côté de leurs collègues, le décompte de leurs zébrures de Bic et taches d’encre et faisaient le concours à celle qui en aurait le plus ! Une fille faisait également la course avec son mari qui portait une blouse de nylon qui fût blanche (et le Bic se voyait encore plus sur les blouses blanches que sur les blouses bleue-ciel) !

 

 


 


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