Vos témoignages

 

Nostalgie de retraité - 20/06/2012 par Syonboullen

Nostalgie de retraité, je feuillette un album de photos. Elles tiennent par quatre coins transparents dont certains sont décollés. Celui qui a fait cet album a écrit à chaque page un texte sur une espèce de parchemin brulé sur les bords. Une photo attire mon regard.

Année 1955 :

Le bord dentelé marque l’époque. Je suis devant une bassine, juste avec un slip. J’ai 3 ans et ma mère et ma grand-mère s’occupe de ma toilette. Elles portent toutes deux une blouse longue à manche longue mais il est incertain que ce soit du nylon. L’une est à carreaux, l’autre unie, blanche. Pourtant j’ai souvent vu cette blouse à la patère d’un placard où ma grand-mère rangeait ses produits de ménage, l’encaustique, la brosse pour le parquet. Elle était en nylon blanc épais et elle ne s’en servait que pour le grand ménage. Des traces d’encre en étoile indiquait qu’elle avait du s’en servir dans sa classe. Je détestais les boutons en nacre qui la fermait de haut en bas. Leur contact me révulsait. Le crissement de cette blouse est encore dans mes oreilles, comme un bruit familier.

Année scolaire 1957-58 :

La cour d’une école maternelle d’une ville de proche banlieue, le jour de la fête de fin d’année. La maîtresse s’appelait Mlle L.  Ce jour là, bien sur, elle ne porte pas une de ses blouses en nylon, ni même la femme de service également visible sur la photo. Tous les matins, elle inscrivait au tableau 10 mots que nous devions allez lui lire à l’oreille. Premiers contacts hors le giron familial. L’une et l’autre nous prenaient dans leurs bras pour consoler d’une chute, d’une altercation avec un camarade ou d’une peinture dont le pinceau trop mouillé avait définitivement altéré le résultat. Je fixe l’objectif, dans le rôle de « trois jeunes tambours » sur l’estrade entouré de deux filles, filles qui disparaitront de mon univers pendant tout le temps du primaire avec les écoles de garçon.

A la sortie de l’école, ma mère m’offrait souvent une sucette « Pierrot Gourmand dans le magasin situé juste en face avec ses grands pots en verre contenant des bonbons. La commerçante portait presque toujours une blouse en nylon à pois, à manches longues l’hiver, courtes aux beaux jours. On devinait ses seins que je trouvais volumineux en comparaison de ceux de ma mère, de ma tante et de ma grand-mère, dans l’échancrure de sa blouse dont elle laissait ouvert le bouton. Il arrivait qu’elle m’embrassât par dessus le comptoir laissant mon émoi à son comble quand mon nez venait frotter l’étoffe imprégnée de son parfum.

Nous passions devant chez la crémière en blouse nylon rose, à col ras du cou, boutonnée dos. J’ai longtemps dit rose crémière au lieu de rose trémière, étant persuadé que la fleur faisait référence à la couleur de la blouse de la commerçante…
Plus loin, la remailleuse de bas dans « un cagibi en bois peint » avec un guichet où s’échangeait bas et monnaie. Sa blouse en nylon bleue, col Claudine à liserai blanc lui donnait un air, non pas austère, mais mystérieux, elle qui était la gardienne de ce qui enserrait les jambes des femmes.

Photo été 58 :

On y voit la « Simca Beaulieu » du cousin de mon père qui était venu nous chercher avec sa femme pour un pique nique. Lui pose fièrement devant sa voiture neuve. Sur la couverture, les paniers avec les victuailles et accroupies comme arrêtées dans leurs activités, ma mère et la cousine regardent le photographe. Elles portent toutes les deux, un tablier à bavette blanc en nylon sur leurs corsages légers. Je suis au milieu d’elles deux et j’enserre avec mes doigts le pan du tablier de ma mère.

Photo de fin de l’été :

Dans le jardin la lessiveuse présente tous les lundis. Ma grand-mère pose à mes côtés. Une blouse rayée trois quart dont le col se boutonne ras du cou. Les manches sont trois quart elles aussi.  Je me souviens qu’elle en a deux identiques une rose et blanche et l’autre bleue et blanche qu’elles se partagent indifféremment avec ma tante qui habite avec elle et qu’elle se dépêche de passer quand elle revient d’enseigner l’anglais au Lycée.

Je déteste ces deux blouses dont les raies se confondent dans mon esprit avec les pyjamas des déportés. Il ne manque pas de magazine, chez ma grand-mère avec ces photos effrayantes, traumatisantes prises à la libération des camps. Il ne manquait pas non plus un jeudi, jour sans classe que je passais chez elle sans qu’elle ne me parle de ces années et de l’arrestation de son mari, sa déportation sans retour. Je n’ai pas encore la blouse neuve de la rentrée mais un tablier d’enfant en coton à carreaux avec un cycliste brodé sur la poitrine.

Photo de classe qui ne figure pas dans l’album, année scolaire 1959-1960 :

Semblable à toutes celles que vous avez conservées, soit que l’on retrouve sur « copains d’avant ». Que des garçons dans cette classe, les filles sont dans l’autre partie de l’école, les cours de récréation de chaque côté d’un haut mur. Certains portent des blouses en coton, d’autres en nylon. La maîtresse l’a gardé également pour la photo. Elle pose au fond de la classe. Son nom m’est resté en mémoire. Sa blouse rose, longue à poignets boutonnés est celle que nombre d’entre nous, fétichistes impénitents, apprécions particulièrement. Toujours impeccable. Pas de taches d’encre, c’est nous qui remplissons les encriers. Elle trône sur l’estrade, à son bureau.

C’est avec elle que j’ai eu ma première impression de honte, d’humiliation liée à un plaisir indéfinissable. Très bon élève mais dissipé. Le coin, les mains sur la tête ou dans le dos, les tours de cour faisaient partie du quotidien.  Puni sous le bureau de la maîtresse n’était pas trop désagréable. Ce qui l’était plus c’était la fessée déculottée. Elle me l’avait promis si je continuais à me retourner et à bavarder. Sans doute une histoire qui ne pouvait attendre la récréation dont j’avais été privé lorsqu’elle m’avait demandé de lui répéter ce qu’elle venait de dire.

Elle m’a fait venir, m’a prié de descendre mon pantalon, après avoir dégrafé les bretelles.
Elle installait sa chaise perpendiculairement aux bancs de la classe pour que chacun profite de la sanction. Puis elle s’asseyait, non sans avoir tiré sur sa blouse. D’un geste énergique et ferme, vous vous retrouviez à plat ventre sur ses genoux, les yeux vers le tableau. Les pleurs n’étaient pas loin, mais anticipant vos larmoiements, elle enfonçait le clou en disant « celle là, tu l’as bien cherché » et en ajoutant en direction des autres « ne l’avais-je pas prévenu ? »

Avec la même douceur qui la caractérisait, elle faisait glisser votre slip le long de vos jambes, exposant à tous vos fesses qui ne tarderaient pas à rougir. Ce jour là je fus empli d’une étrange sensation. Le frottement des deux blouses dues à la fessée, le contact de mon sexe sur le nylon de la maîtresse restèrent à jamais gravé. Peut-être à t’elle participé à ce fétichisme tellement envahissant. Je me souviens du raidissement de mon sexe ou l’ai-je imaginé ? Que reproduisons nous inlassablement quand nous recherchons ce crissement si particulier de deux nylons qui se frottent, les mains parcourant le nylon de la blouse qui nous enveloppe, telle une enveloppe protectrice et combien angoissante quand l’orgasme est atteint ? La honte fut grande, l’humiliation à son comble qui se prolongea quand ma mère me récupéra et que des copains bien attentionnés lui apprirent que j’avais été fessé.

Photo de notre nouvelle habitation septembre 1960 :

Adieu le pavillon de banlieue en meulière ; mon père a obtenu la gérance d’un magasin de chaussures de taille importante et nécessairement à ses dires, il faut quitter notre ville pour une autre banlieue. Grace à la prime à 1000 francs, nous allions accéder au confort moderne, au vide-ordure dans la cuisine.

On y voit la tour de 10 étages, et les pare terre non terminés. Je prends l’ascenseur, après avoir salué, sur les injonctions parentales, la gardienne forte femme engoncée dans sa blouse en nylon à fleurs. Je me demandais comment les boutons n’allaient pas exploser. Je me mis à rire, provoquant la désapprobation familiale et d’emblée l’antipathie du cerbère.

Mon père a voulu immortaliser le déménagement et sur le cliché suivant, on voit ma mère déballant les caisses laissées à même le sol, sur le dalami. Elle porte une nouvelle blouse rose foncé à manches courtes, à col Claudine et liserai blanc. Pas de ceinture, ni autour de la taille, ni cousue sur un côté et pliée dans la poche, elle aussi à liserai blanc. Elle doit être peu vêtue sous sa tenue de ménagère car il me semble que la chaleur était au rendez-vous et l’on aperçoit la fenêtre de la salle à manger ouverte. Elle sourit, consciente de l’ascension sociale qui est la sienne. D’ailleurs la machine à laver neuve et non déballé attend mon bricoleur de père dans la cuisine.

La photo est prise dans le magasin de chaussures. Mon père en costume règne sur dix vendeuses et « une première », sorte de gérante adjointe ou de surveillante chef. D’ailleurs, elle est la seule sans blouse, hormis quand elle aide mon père, lui même en blouse coton blanche, à réaliser les vitrines à chaque changement de saison. Les blouses sont naturellement en nylon, longues à manches longues. D’un modèle classique, elles viennent tout droit de « A la toile d’avion » situé à deux pas. Elles ont eu libre choix des couleurs qui sont toutes vives. Bien sur le cliché ne dit pas tout cela. Mais chaque jeudi, pendant plusieurs années, j’ai eu le loisir de les admirer, beaucoup de souvenirs étant postérieurs au cliché.

Tous les jeudis, je prenais le train encore à vapeur qui conduisait gare du Nord où nous donnions, moi mon ticket et mon père son coupon détachable d’abonnement hebdomadaire à une employée de la SNCF, à la blouse mythique bleue et au logo, debout dans une guérite. Puis arrivé à République, j’attendais pour prendre l’autobus ouvert sur l’arrière qui me conduirait chez ma grand-mère, non loin du cirque Médrano. Le soir en revenant au magasin, il y avait toujours une vendeuse pour s’occuper de moi. Je m’asseyais dans un fauteuil. Je les voyais virevolter.  J’attendais le moment de l’essayage d’une paire neuve, qu’une d’entre elles s’asseye sur le tabouret à la forme si particulière dont une partie oblique permettait aux clients de poser ses pieds.
Ainsi à vos pieds, sa blouse était en contact avec vos mollets, vos jambes. En fin de journée, il arrivait que le bouton supérieur de son col tailleur soit dégrafé laissant deviner comme le chantait Brassens « l’échancrure de son corsage » dans le microsillon orangé où sa tête ressemblait à une bombe. Parfois c’était le bouton du bas et le charme en était indéfinissable. Mon regard au fur et à mesure des années, s’éternisait sur ce que cachait leur blouse quand elles montaient aux échelles pour aller chercher une de ces boîtes de chaussures toutes identiques, marron ou sépia qui tapissaient tous les murs.  Une d’elle ne manqua pas de remarquer mon émoi, la rougeur de mes joues. Elle ne manqua pas de le raconter à ses collègues car je les entendis rire dans la réserve et me regarder en riant à leur retour.

Photo de Graziella, prise en CM2 :

La photo en noire et blanc, nous la montre les bras croisés dans sa blouse claire en nylon. C’était la fille des amis du premier. 10 étages, 4 logements par palier. J’en étais amoureux et acceptais d’aller jouer avec elle et ses amies, pas dehors bien sur mais dans leur appartement. Elles ne savaient que jouer à la maîtresse et j’étais bien souvent leur souffre douleur.

Passage en 6ème :

Nous étions peu à aller au lycée. Beaucoup allaient au CEG où l’alternance blouse rose, blouse bleue pour les filles rythmait l’année scolaire. Les garçons eux aussi en portaient, Graziella me l’avait dit. Je me souviens parfaitement du règlement du lycée que j’ai du lire bien des fois : « Le port de la blouse (longue à manche longue) est obligatoire pour les filles, conseillé pour les garçons ».  La photo de classe de fin d’année en témoigne, seulement trois garçons sont emblousés, moi y compris.

Je pensais pourtant échapper à ce que je vivais comme une humiliation. Les blouses, c’est pour les femmes, les filles, pas pour les garçons, en tout cas pas ceux du Lycée. Mes larmes n’étaient pas venues à bout de la volonté parentale. Ma mère m’avait emmené pour la rentrée dans un magasin de la rue du temple, près de la République.
« Qu’avez-vous pour lui, il rentre en 6ème au lycée, mais il ne veut plus mettre de blouse ! » La patronne et la vendeuse, toutes deux en blouse nylon vert d’eau, à double boutonnage, me dévisagèrent avec désapprobation. Je sentis tout le poids de mon impertinence et du me résoudre à la séance d’essayage.

Seul le frôlement de la blouse de la vendeuse me permit de supporter l’épreuve. « Non pas celle là, trop courte, trop longue, trop ceci, trop cela ; remets celle là ». Il s’agissait d’un modèle que je jugeai féminin par ses poignets boutonnés à boutons dorés. « C’est pour les filles » « Non, répondit ma mère, elle est bleu foncé ».  Elle n’était pas très longue, arrivant à mi-cuisse. Je n’eus qu’une peur. Le magasin de mon père était à deux pas et je vis qu’elle allait m’emmener comme cela, en blouse devant toute la rue qui ne regarderait que moi pour qu’il tranche. Pensant aux batailles Napoléoniennes de notre livre d’histoire, j’entrepris un repli stratégique et acceptais le modèle imposé.

Le jour de la rentrée, ma mère m’accompagna à ma grande honte mais le lycée était distant de deux bons kilomètres que nous faisions à pieds quelque soit la météo. Les classes furent appelées les unes après les autres et je sentais le regard moqueur des autres garçons sur ma blouse neuve. Je me suis lié d’amitié avec un autre emblousé, qui lui n’y trouvait rien à redire.  Sa sœur en terminale, en blouse nylon mauve aurait tôt fait de le rappeler à l’ordre si il ne l’avait pas portée. La professeure de français latin nous emmena dans une salle. Elle quitta son imper pour laisser apparaître une blouse longue, bleu Bugatti dont la rangée de boutons était cachée sous une bande de tissu. D’un coup d’œil, elle vérifia si toutes les filles portaient leur blouse et repris à l’ordre celles qui ne l’avaient pas attachée ou qui avaient omis de nouer la ceinture. Les filles n’étaient pas mélangées avec les garçons ; il y avait des rangées de filles et des rangées de garçons. Elle rappela que la blouse était fortement conseillée pour les garçons et nous donna en exemple, nous qui en portions. Cela contribua à la trouver antipathique et à redouter les heures de ces deux matières.

Photo datant d’octobre 1962 :

On y voit la Simca 1300 bleu foncée et ma mère qui s’arrondit. Il y a peu de temps que je sais que je vais avoir un frère ou une sœur. .  A cette époque, je ne savais toujours pas comment se faisaient les enfants ! Au petit super marché de la résidence, les vendeuses arboraient une blouse longue en nylon d’un jaune assez vif et ma fois assez vilain et sur leur poitrine le sigle de la marque dont je n’ai pas le souvenir, Félix Potain peut-être. Seule la responsable dans son bureau surplombant le magasin en portait une blanche avec le même sigle. J’en avais conclu que la blouse blanche était un signe de distinction des chefs.

Il m’arrive de plus en plus souvent de me frotter, allongé sur le lit à la blouse rose de ma mère, tout en conservant la mienne. J’avais négocié de ne mettre ma blouse qu’à l’arrivée au lycée. Bien sur, je me mis à « oublier » de la porter. Elle restait sagement à un porte-manteau car nous avions malgré tout, une salle de classe où nous étions la plupart du temps. Je n’oubliai pas de la ramener le samedi après midi, non sans l’avoir froissée ou salie, ce qui m’évitait de la porter le dimanche.

Et puis un lundi, elle est restée à mon insu, bien pliée sur mon lit. Lorsque je suis revenu à la maison, ma mère me demanda comment il se faisait que j’avais des traces de graisse sur ma chemise, vestiges du repas du midi à la cantine. Je répondis sans vergogne que je ne me l’expliquai pas puisque j’étais en blouse. Elle me dit d’aller ranger mon manteau dans ma chambre, avant le goûter. Lorsque je découvris ma blouse pliée, bien en évidence, je compris l’étendue du désastre. Je suis allé chercher mon goûter, en lui demandant de me pardonner, que ça n’arriverait plus. Malheureusement, je n’avais pas du la convaincre et le lendemain, elle alla trouver sans que je le sache la surveillante générale, cerbère de l’établissement.

Celle-ci me fit chercher dans la classe et j’arrivai sans blouse dans son bureau, n’ayant pas anticipé la présence maternelle. Ma mère me dit que nous réglerions cela le soir et la surveillante générale l’assura que dorénavant, elle veillerait personnellement à ma tenue et qu’elle en informerait les professeurs. Je suis rentré en classe en pleurs, dans la crainte de ce que dirait mon père. J’imaginai les scénarii possibles mais ce qui m’attendait n’était pas de ceux auxquels j’avais pensé. J’avais même en guise de capitulation, gardé ma blouse après les cours.

Ma mère m’attendait à la porte de la cuisine, les trois derniers boutons de sa blouse détachés, à cause de son ventre arrondi.
Point de pain beurré avec des carreaux de chocolat. Dans sa main, un martinet dont j’ignorais l’existence et qu’elle était allée acheter le jour même, conseillée sans doute par la voisine du 5ème avec qui elle s’était liée d’amitié. Il faut dire que cette femme l’utilisait avec générosité sur ces deux enfants, une fille de quatorze ans et un garçon de mon âge qui tous deux fréquentaient le CEG. Quand elle pensait qu’ils l’avaient mérité, elle les faisait mettre face au mur, penché en avant. Un jour que j’allai jouer chez mon copain, je fus obligé d’assister au châtiment sur ses fesses et ses cuisses nues, la blouse grise relevée bien haut, avec le sempiternel «  tu finiras au bagne » qui pourtant avait été fermé depuis déjà un certain temps ou  « continue et c’est la maison de correction ». Elle m’enjoint de me prêter à la punition, disant que j’avais trahi sa confiance et qu’elle n’avait pas besoin de travail supplémentaire dans son état. Je refusai de céder et partis m’enfermer dans ma chambre.

Quand mon père rentra vers huit heurs comme chaque soir, fatigué par sa journée de travail et son heure de transports en commun, il me fallut bien sortir. Il m’attrapa fermement, me fit déshabiller, retira la ceinture de son costume, et après m’avoir fait allonger sur le lit, me corrigea en ajoutant : « mon propre père m’a fouetté une seule fois, j’espère que tu retiendras la leçon et que je n’aurai pas à recommencer ». Mes cris firent venir ma mère qui ambivalente, lui demanda de cesser. J’eus à copier cent fois : je mets ma blouse, j’obéis à mes parents et j’accepte les punitions que ma mère me donne. Heureusement Mai 68 a mis globalement un terme à ces pratiques de châtiment corporel qui ne grandissait pas ceux qui nous les donnait mais qui alors n’étaient pas si rares, le film « la guerre des boutons » étant là pour nous le rappeler et que les enfants eux-mêmes ne trouvaient pas étranges.

Photo de classe en 5ème :

Le premier rang, les élèves les plus petits sont assis sur un banc. On y voit sur le côté notre professeur de mathématiques avec sa blouse blanche en nylon dont les poches sont gonflées de craies de couleur. Elle est tachée sur sa poche poitrine par des fuites de stylo bille. Une grande gentillesse, une infinie douceur émane de cette jeune femme.

Bon en mathématiques, je passai volontiers au tableau. Jamais assise, elle venait derrière nous pour conseiller, affirmer un trait en géométrie, fouillant dans ses poches. C’était l’occasion de contact entre nos blouses que j’avais fini par accepter de porter. A cela s’ajoutait son parfum dont sa blouse finissait par s’imprégner en fin de semaine. Je rêvais secrètement de m’en revêtir mais la salle des profs où elle pendait quand elle n’était pas en cours, était un sanctuaire difficile à pénétrer sans se faire remarquer et comment voler la blouse sans se faire prendre. Le renvoi aurait été certain.

Pourtant, une occasion unique advint. Exceptionnellement en retard, notre professeur arriva en courant dans la cour où alignés par deux, à distance réglementaire, nous attendions que l’on vienne nous chercher. Elle était sans blouse et son charme en pâtit. Elle s’adressa à moi « va dans la salle des professeurs, amène moi ma blouse blanche, ne te trompe pas. » Comment aurais-je pu ne pas la reconnaître ? Je m’acquittai bien vite de la mission, ayant peur qu’elle change d’avis. J’étais premier en math et trouvai légitime d’être choisi. Arrivé à la salle des profs, j’essayai de calmer mon trouble et j’expliquai à ses collègues, le motif de mon intrusion. Au porte manteaux, plusieurs blouses étaient abandonnées, attendant leurs propriétaires. Le crissement des nylons superposés m’apporta le bien être qu’il est inutile que je vous décrive. Je remettais à plus tard l’envie d’humer son col et de froisser entre mes mains le tissu.
Je n’osai m’enfermer quelques instant dans les toilettes, par peur d’être surpris par un surveillant et que notre enseignante ne s’inquiète de mon retard. J’entrai rouge de confusion dans la classe et j’eus l’impression que toute la classe connaissait mes turpitudes. Elle me remercia et profitant de mon avantage, je l’aidai à passer sa blouse comme je l’avais vu faire dans un film noir et blanc avec un manteau de vison par Jean Gabin.  De retour à ma place, je me jurai que la pisseuse qui parfois me ravissait la première place en math en serait pour ses frais. D’ailleurs sa blouse n’avait aucun attrait, en coton, vichy rose et blanc.

Sur la photo une fille au dernier rang, Véronique porte une blouse noire avec des parements au col, aux poches et aux manches ; ses cheveux blonds contrastent avec la couleur choisie. J’aimais revenir du Lycée avec elle. Nous habitions la même résidence et sa présence m’enchantait. L’air de rien, j’accélérais ou freinais la sortie du lycée pour la rejoindre.

Un lundi matin, elle oublia sa blouse. Simple étourderie. La professeur de français la fit accompagner chez la surveillante générale qui l’emmena au local des femmes de service et lui fit revêtir une de ces hideuses blouses bleues en gros coton, fermée par des boutons blancs. Quand elle revint en classe, personne ne se moqua de ses sanglots ravalés. J’essayais d’accrocher son regard mais je n’eus droit qu’à la méchanceté de l’enseignante qui à mon attention dit « avis aux amateurs ». Je m’imaginais vêtu de cette blouse et du tablier blanc qui complétait la tenue en train de pousser le chariot qui passait de table en table de huit élèves, servant la purée dans ses plats inox inimitables sous les quolibets des filles pendant qu’elles étaient attablées. Je me voyais nettoyer les tables après leur départ et avant l’arrivée du service des garçons sous la férule de la responsable de la cantine. Puis mortifié, les garçons m’insulteraient malgré le silence absolu de rigueur quand nous entrions dans ce lieu dont je conserve encore les odeurs vinaigrées si désagréables.

Une autre fille de la classe eut droit à un régime de faveur, celle du deuxième rang, troisième en partant de la gauche. Ce devait être la blouse de sa sœur aînée car elle lui arrivait largement au dessous des genoux.  Les poignets boutonnés recouvraient ses mains jusqu’au pouce et pour ne pas être gênée, elle portait des élastiques au bras pour les remonter. La couleur rose était passée, par les lavages successifs. Nicole avait la mauvaise habitude pour l’époque de mettre toujours les mains dans ses poches quand elle était interrogée. Cela tirait sur les boutons et lui donnait un air « débraillé ». Ce ne fut pas du goût de notre professeur d’anglais qui l’envoya bien vite coudre elle-même ses poches chez l’enseignante de couture, réservée aux filles. Elle revint avec un sur piquage rouge voyant qui lui interdit de recommencer et qui rappelait à celles et aux quelques garçons emblousés le sort qui attendait les contrevenants.

Mars 1964 :

Photo de ma mère avec mon petit frère. Mon père a acheté pour l’occasion un appareil kodak avec un flash dont l’ampoule grille et se change à chaque fois. Sur un des clichés, elle porte une blouse blanche réservée aux soins corporels du bébé, en nylon, ras du cou. Pas question de l’utiliser à d’autres fins. Les couches jetables n’existaient pas encore ou du moins pas dans notre foyer et il me fallait parfois la seconder pour lui passer ce dont elle avait besoin et horreur, prendre cette couche emplie d’excréments nauséabonds et la mettre dans l’évier après avoir enlevé le plus gros. Les manches longues de sa blouse étaient relevées pour cet exercice et j’étais prié d’en faire autant avec la mienne. Le nylon était épais et j’aimais de plus en plus me masturber, allongé sur cette blouse ou mieux en la passant. Elle était pendue dans la salle de bains et au lieu de prendre ma douche, je laissais couler l’eau pour donner le change. Je venais de comprendre comment se faisaient les bébés et guettais le sperme qui ne venait pas.

Début de l’année scolaire 1964-1965 :

Photo de moi, dans ma chambre construisant une maquette Heller d’un Spitfire. J’allais chercher les petits pots de peinture et les pinceaux chez une marchande de jouets qui était vêtue en toute saison de blouses nylons colorées à manches courtes ou sans manche laissant ses bras dénudés. Les cols étaient frou-froutés pur la plupart. Autre photo sur un vélo neuf me permettant d’aller au lycée et offert sans doute pour me faire passer la pilule du petit frère. Je dois néanmoins toujours porter une blouse, nouvelle elle aussi à la rentrée, ayant beaucoup grandi, bleu Bugatti à martingale.

A la rentrée, une nouvelle surveillante est là ; le professeur chargé de nous accueillir, de nous donner l’emploi du temps et de nous faire remplir la sempiternelle fiche avec nos noms, prénoms et profession des parents est absent. Elle est très belle, on dirait une vedette de cinéma italienne, brune aux formes « botticelliennes ». L’année dernière, elle était en terminale ; je l’avais lu sur sa blouse en nylon bleu, ainsi que son nom et prénom.
Quelle surprise de la retrouver là. Aussitôt la porte fermée, elle dégrafa son manteau quelque peu élimé et nous intima l’ordre de nous taire. Elle apparut alors dans la même blouse que celle qu’elle portait quand elle était élève. De son changement de statut, seul un œil avisé pouvait en avoir la certitude. Le nom, le prénom, la classe avaient été « dé brodés » laissant seulement les traces des points de couture sur le nylon. La ceinture n’était pas attachée mais rentrée dans la poche droite. Peu de surveillante en portait ; sans doute de famille modeste, contrainte à travailler pour continuer ses études, elle avait conservé ce vêtement de protection pour cacher des habits démodés ou usés.

Quand elle nous demanda de nous asseoir, je restai comme hypnotisé par sa poitrine gonflée qui tirait le bouton du haut. Elle ne souhaitait pas rater son premier contact dans « l’arène » et me rappela vertement à l’ordre. Je la retrouvai un mois après, lors d’une colle, un samedi après-midi, colle récoltée en cours de latin. Elle avait une blouse blanche neuve à col russe, en nylon crissant, peut-être premier achat de sa première paye, marquant définitivement son nouveau statut. Les manches longues sans poignet boutonné semblaient dire : « je ne suis plus une lycéenne mais une femme ». Le col restait entrouvert sans toutefois laisser voir le corsage. Ses longs cheveux noirs détachés se déplaçaient sur le haut de sa blouse au gré de ses mouvements de tête. Elle nous rappela que nous étions punis et priés d’effectuer nos travaux supplémentaires en silence.

Ma version latine m’emmena là où je n’aurai pas du. Il s’agissait d’esclaves romains, servus et ancilla. La soumission était de mise et bien vite en observant la surveillante, je me mis à imaginer qu’elle était mon esclave, qu’elle me servait à ma guise et que sa blouse enlevée, elle me livrerait ses secrets intimes. J’écrivais sur mon cahier, vous êtes belle dans votre blouse neuve et à la ligne, une phrase d’un poème de Victor Hugo, Gastibelza mis en musique par Brassens dont mon père avait tous les 33 tours : « Je ne sais pas si j’aimais cette dame, mais je sais bien, que pour avoir un regard de son âme, moi pauvre chien, j’aurai passé dix ans au bagne sous les verrous, le vent du Nord qui vient de la montagne me rendra fou. »

Je fus ramené à la réalité par un « toi qui rêve au deuxième rang en blouse bleue, apporte moi ton travail ». Je tournai maladroitement la page mais ne pus tromper sa vigilance. A la lecture de mon insolence, elle fut déconcertée. Elle hésita entre m’envoyer au piquet où son regard se porta puis refermant les deux boutons de son col, elle me pria de lui apporter mon carnet de correspondance, m’enjoignant de me mettre bien vite au travail.
Devant mon regard implorant, elle m’adressa ce que je pris pour un sourire, indiquant qu’elle n’était pas vraiment fâchée.

A la fin des trois heures, quand tous les autres furent partis, je vins reprendre mon carnet. « Tu pourrais être mon petit frère » me dit-elle. « J’aimerais avoir une grande sœur comme vous » répondis-je et j’ajoutai « Serez-vous là samedi prochain pour ma prochaine colle ? »  Elle rit cette fois et me tirant affectueusement par l’oreille, m’entraina vers la porte non sans m’avoir rendu mon carnet sans annotation, en ajoutant « file vilain garnement, tu es encore bien jeune, si tu es encore puni, je demanderai à mon collègue homme de s’occuper personnellement de toi ». Son nylon touchait le mien et mon sexe se durcit lors de notre contact. Je résistais à l’envie de l’appeler par son prénom qui ornait l’année dernière encore sa blouse d’élève mais je me contentais d’un « oui Madame, au revoir Madame » qui mirent fin pour un moment à mon émoi amoureux.

 

 

 

Les commentaires à caractères pornographiques, pédophiles et violents seront sujets à être retirés du site!

Merci donc de ne pas les écrire!!!

 

 


 


unevieenblouse@free.fr

UneVieEnBlouse sur : Facebook
Histoire | Fibres | Tissus | Marques | Formes/Couleurs/Motifs | Utilisateurs | Catalogue anciens | Adresses/Liens | Autres langues | Films | Textes/Témoignages | Galerie | Pour ou contre