Vos témoignages

 

Une vie en blouse part 2 - 27/11/2013 par Syonboullen

 

Puis, je me souvins du pourquoi de ma présence et après m’être essuyée rapidement avec d’épaisses serviettes ornées d’un magnifique : « une vie en blouse », je fis quelques clichés sans oublier ceux de la dizaine de blouses nylon, toutes différentes mais étrangement à ma taille.

Je remis mes effets intimes et spontanément enfilais une blouse nylon bleue, longue aux poignets boutonnés avec de grandes poches sur le devant. Je retrouvais instinctivement les gestes de ma mère. Mes mains se placèrent comme par habitude au fond des poches, là où le tissu est comme doublé avec le repli. Puis revenant à la réalité, je cherchais du regard une probable caméra vidéo comme celle que j’avais vu dans un reportage à la télé. Je dégrafais la blouse pour tout arrêter mais me mentant à moi-même, arguant de mon reportage, je boutonnais avec soin tous les boutons et me surpris à nouer la ceinture. 

J’avais 10 ans en 1988. Les blouses nylon avaient disparues. Seules quelques postières conservaient la leur dans des bureaux de poste de village. Pourtant ma mère en portaient encore pour les séances de nettoyage à la maison où, seule fille de la famille, je devais l’aider. Elle m’obligeait alors à  en revêtir. Je me regardais dans la glace en pied et parcourais tout mon corps pour faire bruisser le nylon épais sous mes doigts. Malgré le soutien gorge, la pointe de mes seins se redressait. C’était comme si, du port obligatoire de la blouse au lycée pour mes parents, je m’appropriais leurs souvenirs enfouis. En 68, beaucoup s’étaient battus pourtant pour l’abolir. 

Que faire de l’Ipad ? Je décidais de tout laisser dans mon sac à main et de laisser mes affaires dans un des vestiaires qui fonctionnait aux empreintes digitales. Ce décalage entre les époques renforçait ma curiosité. Je sentais bien que j’avais choisi un reportage dont je ne pouvais imaginer le dénouement. Comme pour concrétiser cette idée d’avoir tiré sur un fil dont je ne connaissais rien de la bobine, en me regardant une dernière fois dans la glace, je remarquais un fil polyamide qui dépassait de l’ourlet de la blouse. Je commençais à le tirer, puis le portant à ma bouche, le coupais avec mes dents. Ma mère faisait cela aussi quand elle cousait….

Je poussais la porte et découvris une pièce encore plus étrange… Une vaste bibliothèque d’un genre particulier s’offrit à mon regard. Véronique était là pour m’accueillir. Elle portait une blouse, en nylon plus léger que le mien dans les tons de mauve. Classique, sévère même, elle n’en mettait pas moins sa féminité en valeur. Une ceinture dont le nœud était décentré sur le côté finissait de lui donner un air d’institutrice des années soixante. Elle n’avait visiblement pas de soutien gorge… Puis-je vous appeler par votre prénom demanda t’elle ? 

Sans réfléchir, je lui priais de m’appeler Malka, qui était le prénom de ma grand-mère. Même si elle avait passée toute sa vie en blouse du matin au soir, elle n’en était pas moins une Reine, comme son prénom le signifiait.

Comment aurai-je pu penser quelques heures auparavant, la puissance évocatrice de ce lieu ? Comment commencer mon article ? Flash back année 60… Charme  désuet de la blouse nylon….

 

 


 


unevieenblouse@free.fr

UneVieEnBlouse sur : Facebook
Histoire | Fibres | Tissus | Marques | Formes/Couleurs/Motifs | Utilisateurs | Catalogue anciens | Adresses/Liens | Autres langues | Films | Textes/Témoignages | Galerie | Pour ou contre