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Une vie en blouse - 23/11/2013 par Syonboullen

 

Je suis journaliste dans un hebdomadaire branché, Patricia est mon prénom et j’ai la trentaine. En cette veille de Noël je souhaitais faire un papier sur un autre thème que la déprime générale ou les dernières « Playstations » indispensables à la vie des adolescents et de leurs parents.

Chez mon visagiste, j’avais surpris une conversation ou plutôt des bribes de conversation entre le shampouineur et une cliente. Il y était question d’un espace forme un peu particulier qui servait semble t’il de façade à des amoureux de la blouse nylon qui s’y retrouvaient. Je ne comprenais pas d’ailleurs le sujet de la rencontre mais cette idée me fit sourire.

De retour dans mon appartement, je pianotais sur Internet. La première recherche Google avec les mots centre de remise en forme avait de quoi dérouter. Deux mille réponses… J’essayais alors blouse nylon avec la formule, j’ai de la chance. Un site s’ouvrit « unevieenblouse » dédié aux amoureux de la blouse nylon ! De plus en plus étonnée - j’étais à mille lieux de penser que ce vêtement faisait fantasmer qui que ce soit- je cherchais une hypothétique adresse de centre de remise en forme.

Cette première visite me prit plusieurs heures et qu’en je relevais la tête, je m’en voulais d’avoir passé autant de temps sur ces photos de blouses des années 60, sur des sites de vente en ligne, sur « copains d’avant ». Les photos le plus souvent en noir et blanc ne laissait que difficilement présager du tissu. Il semblait y avoir des collectionneurs de blouses nylon, notamment des modèles SNCF ou des PTT. Les souvenirs des uns et des autres ne me laissaient pas indifférente et j’eus envie d’en savoir plus. Sans doute un article à passer un de ces jours creux. Je m’aperçus que j’avalais mon dîner.

J’étais scotchée de nouveau à l’écran. Je me pris au jeu et envoyais un message sous un pseudo pour connaître l’adresse du centre. Un, une habitué(e) du site me proposa de me retrouver pour une visite au Centre de remise en forme. Je vérifiais que l’adresse était répertoriée sur le Net . Elle correspondait à un espace forme qui proposait des soins classiques.

Le lendemain, je vérifiais la charge de mon Ipad et le bon fonctionnement de l’application enregistrement. Je choisis une tenue décontractée mais « classe », l’adresse proche de Paris indiquait une banlieue aisée. Je retrouvais mon inconnue porte Maillot. Elle monta dans ma décapotable. Au cours de la conversation, elle s’enquit de ma passion supposée pour la blouse nylon. Notre métier impose une capacité d’adaptation. J’inventais une histoire selon laquelle ma mère adepte de la blouse nylon m’en avait donné le goût et que j’en appréciais le toucher. A lire les textes de uns et des autres, j’avais compris que cela s’ancrait dans leur histoire personnelle. Longue ou courte me dit-elle ? Désarçonnée par la question, je répondis comme celle des postières,  bleue à manches longues. Cela semblait la satisfaire. Elle sortit d’ailleurs de son sac une blouse de ce modèle et me dit en souriant : Aurions nous des goûts communs ? Je remarquais mes mains moites sur le pommeau de ma boîte de vitesse, passais un rapport inférieur. Alors que le moteur prenait des tours, elle me dit : ne soyez pas impatiente, nous arrivons.

Le centre n’avait rien à voir avec le salon Venus Beauté. Une fois l’entrée du parc passé, nous trouvions un bâtiment moderne, une architecture en forme de navire. L’hôtel était à proximité pour éviter des déplacements aux curistes. J’étais de plus en plus interrogative. Véronique riait et me fit entrer par une porte discrète dans le fond du parc sur une autre propriété avec plusieurs villas qui avait le charme du début du siècle passé. Le plus étonnant, c’était que des hommes et des femmes s’y promenaient en blouse nylon, des modèles comme il n’en existait plus depuis quarante ans. C’était comme si tout à coup, je revenais en arrière et j’attendais que la porte s’ouvre et que ma mère crie : « vas-tu enfin m’aider ! Passe une blouse et dépêche toi. »

Je montais sans y prendre garde les marches de la terrasse. Des personnes dont je crus reconnaître le visage de l’un  (je suis sur d’avoir fait un papier sur lui), se promenaient toutes en blouse nylon. J’étais tout à coup comme quelqu'un qui serait habillé au milieu d’un centre de nudiste. L’hôtesse d’accueil portait une blouse nylon blanche. Son prénom brodé sur sa poitrine et de l’autre côté le nom du site : « unevieenblouse » Coupant à la question que puis-je pour vous, Véronique demanda « un parcours découverte ». Je réglai et remplis un questionnaire rapide et une décharge expliquant que je venais là de mon plein gré et que j’acceptais de porter une bouse nylon pour tout vêtement. Je n’avais plus vraiment le choix et d’ailleurs je rêvais d’être anonyme. Elle m’expliqua que je devais prendre un vestiaire et me dévêtir, enfiler la blouse, en gardant mes effets intimes.

Comment reculer ; j’essayai de gagner du temps et demandais : Vous avez d’autres forfaits ? Bien sur, mais nous en reparlerons une prochaine fois.... J’entrais dans une cabine somptueuse couverte de mosaïque et au parquet en teck…

 

 


 


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