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Les blouses de mes soeurs - Partie 3 - 10/05/2013

Les années d’enseignement professionnel

Une de mes deux sœurs quitta le lycée à la fin de la seconde pour faire une école de secrétariat, tandis que la seconde poursuivi ses études jusqu’au bac et fit ensuite deux ans d’école normale pour devenir institutrice. Nous étions à la fin des années 1970. Dans les deux cas, le port de la blouse était resté de rigueur mais, ayant quitté le lycée, elles retrouvèrent la liberté du choix de leur blouse. Je me rappelle parfaitement de leurs blouses de cette époque.

Celle qui était à l’école normale avait choisi une grande blouse en nylon rose, à boutonnage sur le coté et qui se terminait par un grand col officier boutonné sur son épaule et sur son cou. La blouse avait de grandes manches boutonnées, une ceinture cousue à la taille et des poches s’ouvrant en biais de chaque coté de la blouse. Il y avait également une autre poche, plus petite et droite, sur la poitrine, dans laquelle on pouvait mettre des stylos. Pour l’avoir essayée subrepticement en l’absence de ma sœur, je me rappelle bien qu’elle était également faite dans un superbe nylon fin et soyeux.

Mes sœurs étaient devenues de jeunes adultes et ce n’était plus le temps des jeux antérieurs qui les amenaient régulièrement à salir volontairement leur blouse. Néanmoins, ces blouses avaient leur utilité. Sans philosopher sur leur utilité sociale, pour gommer les inégalités entre les élèves et éviter la course que l’on connaît aujourd’hui pour les vêtements de marques (Nike, Chevignon, Pimkie, Zara, H & M, etc.), je me contenterai uniquement de relater leur aspect pratique.

A l’école normale, toutes les apprenties institutrices devaient porter la blouse. Cela restait obligatoire. Toutefois, l’assistance aux cours n’était pas un travail très salissant. Bien sûr les blouses se trouvaient quelques peu salies par la poussière ambiante ou quelques taches, mais rien de très différent qu’à la maison. Hormis quelques accidents involontaires, quelquefois un coup de bic ou la chute d’un aliment sur sa blouse en déjeunant le midi, il n’y avait rien à signaler. Les stages en école de ma sœur se passèrent très différemment et celle-ci mesura immédiatement pourquoi on leur demandait le port de la blouse en classe.

Le premier stage se déroula en classe de cours préparatoire. La maîtresse devait tout montrer à ses élèves, au tableau, et se retrouvait à travailler en permanence au milieu des résidus de craie ou les mains complètement mouillées, à chaque fois qu’elle devait effacer le tableau (qu’elle avait pris coutume de les essuyer discrètement, sur le derrière de sa blouse). Sa blouse était donc bien utile pour protéger ses vêtements contre les projections d’eau et de craie. En cours préparatoire, les élèves démarrent l’apprentissage de l’écriture. Et même si les encriers et les plumes Sergents-majors qui avaient faits tant de ravages sur ses propres blouses quand elle était enfant n’existaient plus, les élèves avaient souvent du mal à ne pas se mettre de l’encre sur les doigts. Il valait mieux alors porter une blouse lorsque l’on passait de table en table car les enfants sollicitaient la maîtresse pour les aider. Pour ce faire, impatients, ils n’hésitaient pas à l’interpeler en lui tirant le bas de sa blouse avec leurs doigts sales si celle-ci mettait trop de temps, à leur gré, pour laisser un autre camarade et s’occuper d’eux. Le bas de sa blouse présentait régulièrement ainsi force de traces de toutes sortes.

Le deuxième stage fût pire encore. Il se déroula en maternelle. Les enfants sont très petits. Ils ne sont pas encore autonomes et ils pleurent souvent. Il faut les prendre dans les bras pour les câliner et on reçoit leurs larmes ou le contenu de leur nez qui vous mouillent l’épaule tandis que leurs chaussures sales frottent le long de votre blouse, ce qui vous laisse souvent de grandes marques grises sur le devant des blouses. Il y a les enfants qui courent en tous sens dans la classe leurs feutres à la main, les nez qui coulent, la peinture où les tout petits en mettent autant sur leur dessin que sur eux ou autour d’eux … y compris sur la maîtresse ! La cantine est pire encore, les enfants mangent encore largement avec leurs mains et se bagarrent pour un rien. Il faut alors les séparer … et l’on se retrouve toujours au cœur de la bataille avec leurs mains sales des élèves, pleines de jus ou de nourriture. Là, la belle blouse rose de ma sœur était vraiment indispensable et son lavage très régulier n’était pas du luxe. C’est pourquoi, m’expliqua ma sœur, que nombre de ses collègues titularisées portaient des blouses marines ou imprimées avec des dessins, pour que les taches ne se voient pas !
Je ne sais pas comment font les institutrices de maternelle d’aujourd’hui qui, pour la plupart, ne portent plus de blouse ou de tablier avec les élèves ? Il est vrai que, maintenant, pour les tâches matérielles, elles sont assistées d’aides-maternelles qui, à Paris, elles, portent de grandes blouses rayées bleu à manches longues en polyester avec le logo de la Ville de Paris sur la poitrine. On a reporté le problème et la blouse de l’institutrice vers une assistante dédiée aux tâches matérielles plus salissantes !

Pour ma sœur cadette, la problématique professionnelle était très différente. Ma sœur qui faisait du secrétariat avait choisi deux blouses identiques : bleu ciel ¾ en nylon très fin, avec double boutonnage et des manches longues non boutonnées. Elles étaient boutonnées jusqu’au cou, avaient un petit col pointu, une ceinture et une poche de chaque coté de la blouse. Vous allez me dire que l’apprentissage du secrétariat est une chose bien paisible. Oui, mais néanmoins salissant car, dans les années 1970, il n’y avait pas encore de traitement de texte, d’imprimante laser et c’était le tout début des premier photocopieurs, réservés uniquement aux très grandes entreprises qui pouvaient se les payer.

On écrivait beaucoup à la main, alors forcément il pouvait y avoir de petits accidents de bureau : des petits coups de bic, une tache de Typex … Pour celles qui fumaient, il fallait faire attention à ses cendres de cigarette car, une cendre trop longue qui tombait sur le devant d’un blouse nylon, c’était une petite collections de petits trous assurée dans la blouse et, là, ça ne se partait pas au lavage ! On apprenait le secrétariat avec des machines à écrire à ruban encreur et les duplications de documents se faisaient par tirage ronéo ou avec des stencils à alcool.

Toute lettre était tapée en plusieurs exemplaires (souvent 4 exemplaires : un original, une copie, un exemplaire sur papier pelure pour classement par ordre chronologique et une deuxième pelure pour mise au dossier concerné). Pour assurer la frappe de tous ces exemplaires en même temps, ils étaient séparés par des feuilles de papier carboné, dont le noir du carbone se déposait sur les doubles lors de la frappe. Cela marchait bien et était peu coûteux, mais très salissant car, le noir des feuilles de carbone avait la fâcheuse habitude de se déposer partout, si l’on n’y prenait garde. Les apprenties secrétaires se retrouvaient régulièrement le devant de leurs blouses noircies par les feuilles de papier carbone lorsqu’elles les manipulaient. Honnêtement, il n’y avait pas que le devant des blouses, les employées qui travaillaient sur des doubles carbonés (type listings des gros systèmes IBM de l’époque), se retrouvaient les dessous des manches et les devants des blouses vite grisés par les documents de cette époque.

Pour les tirages en nombre, formulaires, rapports, contrats, il y avait les stencils et la ronéo : c’était la bête noire des secrétaires débutantes. Pour ceux et celles qui n’ont pas connu cette époque, il s’agissait, tout d’abord de taper le texte à reproduire sur un stencil, feuille de papier très fine qui se trouvait perforée par une machine à écrire dont on avait retiré le ruban encreur. Hormis le fait qu’il était très difficile de corriger ses fautes de frappe et qu’il fallait donc faire très attention pour éviter les erreurs, cette première phase de travail n’était pas salissante et ne posait généralement pas de gros problèmes. La ronéo était une machine avec un cylindre que l’on encre avec une encre fluide, en tube, qu’il fallait répartir sur le tambour de la machine. Puis il fallait placer sur le cylindre ainsi encré le stencil perforé, en le positionnant l’écriture à l’envers. Alors, on pouvait tourner la manivelle du cylindre qui entrainait une feuille de papier vierge sous le cylindre … et la feuille ressortait imprimée de l’autre coté. En fait, en dehors de certaines ronéos électriques très sophistiquées, c’était la vitesse de rotation du tambour qui entraînait, par la force centrifuge, l’encre au travers des trous d’écriture du stencil, pour imprimer la feuille de papier blanc.

La première phase délicate était l’encrage initial du tambour ; on s’en mettait régulièrement plein les doigts. Heureusement, il y avait les blouses. Mais, la phase la plus délicate consistait à bien doser la quantité d’encre que l’on mettait et la vitesse à laquelle on tournait la manivelle pour la rotation du tambour. Pas assez d’encre ou un rythme de rotation trop lent et la feuille de papier n’était pas correctement imprimée. Trop d’encre ou un rythme de rotation trop rapide et vous retrouviez le devant de votre blouse et votre manche tournant la manivelle couverte de projections d’encre. C’était redoutable ! Et il n’y avait pas moyen de se défiler pour préserver sa blouse ; on ne pouvait pas tourner la manivelle du tambour à distance ! Mais heureusement, il y avait les blouses et … après avoir copieusement taché votre blouse une bonne dizaine de fois, vous finissiez par arriver à doser correctement la quantité d’encre à étaler sur le cylindre et à faire varier la vitesse de rotation du tambour de façon appropriée en fonction de la noirceur ou le la pâleur des documents qui ressortaient dans le bac des feuilles imprimées. On finissait, le soir chez soit, à passer maître dans le détachage de ces taches d’encres grasses en trempant, toute la nuit, les zones tachées dans du lait, avant de laver la blouse. Et … plus rien n’y apparaissait et la blouse pouvait repartir gaillardement pour une nouvelle semaine de travail !

Oui, finalement, dans de nombreuses professions, les blouses nylon de ces années 1960 / 1970 avaient du bon. Non seulement elles étaient très agréables à porter (je sais que ce n’est pas l’avis de tous), faciles à laver et rapides à faire sécher et bien utiles eu égard aux contraintes de certaines professions. Ce sont les seuls souvenirs de l’apprentissage professionnel de mes sœurs dont je me souviens. Après, une fois dans la vie active, elles ont pris leur indépendance, puis se sont mariées, et je n’ai plus été le témoin de leur tenue de travail. Je n’ai d’ailleurs pas l’impression qu’il leur arrive encore de porter des blouses.

 

 

 

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