Vos témoignages

 

Les blouses de mes soeurs - Partie 1 - 02/04/2013

Les années Primaire

Je vais vous raconter mes souvenirs familiaux des années 1960/80. Je suis le seul garçon et j’ai deux sœurs qui, tout comme moi et ma mère, ont porté des blouses en nylon pendant de longues années.

Le premier souvenir que j’évoquerais est celui des grands magasins où ma mère nous emmenait invariablement tout début septembre, pour choisir notre nouvelle blouse pour l’année. Sauf accident sur les blouses de l’année précédente, nous n’avions droit qu’à une seule blouse neuve par an et il nous fallait remettre celles de l’année précédente qui nous allaient encore en alternance avec la blouse de l’année. Maman les choisissait toujours amples, pour qu’elles puissent faire plusieurs années lorsque nous grandissions. Je me rappelle de portants présentant à l’infini, des monceaux de blouses nylon bleues, roses, oranges, beiges, bordeaux, marines, écossaises, etc. Il y en avait pour tous les goûts et pour toutes les bourses. Certaines étaient de véritables petites merveilles, avec de petites cravates en nylon sur le devant, des petites chainettes de décoration ou de superbes boutons dorés dignes des plus beaux blazers, … et dire que, bien souvent, elles finissaient en bien piteux état après un ou deux ans d’école !

Mais, mes premiers souvenirs des blouses de mes sœurs remontent au moment où elles étaient à l’école primaire publique. A cette époque, la grande mode pour les filles était aux blouses écossaises en nylon. Je me souviens tout particulièrement de trois d’entre elles. La blouse de ma grande sœur était en nylon écossais noir, brun et orange, boutonnée jusqu’au cou par 8 gros boutons de plastique noir. Elle avait des manches longues également boutonnées. Le boutonnage montait jusqu’au cou (il n’était pas toléré de voir son pull ou son corsage – oui, il n’y avait pas encore de tee-shirts) et se terminait par un col Claudine rond et blanc, en nylon également, et monté sur trois boutons, ce qui le rendait amovible. Les deux blouses dont je me rappelle, pour ma seconde sœur étaient presque similaires, mais le ton de leur écossais était différent. L’un était à dominante bleu marine, tandis que l’autre était à dominante vert foncé. Ces blouses étaient bien entendu en nylon, fermées par une double rangée de 6 boutons. Là encore les blouses étaient fermées jusqu’au cou et terminées par un petit col vert, pour l’une, et bleu marine, pour l’autre. Ces doubles rangées de boutons étaient la fierté de ma sœur. Tout comme la blouse de ma grande sœur, les manches étaient longues et boutonnées. Il s’agissait de blouses longues et, ce n’était pas du luxe, comme nous allons le voir.

Cette époque, dans l’enseignement primaire, c’était la pleine époque de l’apprentissage de l’écriture au porte-plume et à la plume Sergent-Major. Les tables des classes avaient un encrier, en verre ou en porcelaine. C’était, selon les arrivages, de l’encre soit violette, soit noire, livrée en grandes bouteilles d’un litre. Il fallait de faire très attention en remplissant les encriers de tous les pupitres sinon, gare aux taches. Les élèves devaient faire l’apprentissage des pleins et des déliés sur le papier de vilains cahiers où il y avait toujours quelque esquille de bois qui dépassait. Et c’est là où tout se gâtait …

Tout d’abord, il ne fallait pas tremper sa plume trop profondément dans l’encrier sinon, soit on avait de l’encre sur le bout des doigts, soit le surcroît d’encre tombait de la plume dès que l’on commençait à écrire et c’était le pâté assuré sur sa feuille et l’ire de la maîtresse ! Que faire, lorsque l’on avait de l’encre plein les doigts ? Les gosses de riches utilisaient des buvards, mais comme nous étions pauvres, mes sœurs n’en avaient pas et n’avaient pas d’autre solution que d’essuyer leurs doigts sur leur blouse. Si on voulait essayer d’être discret, on s’essuyait les doigts sur les fesses ou le côté de sa blouse, comme ça cela se voyait moins.

En cas de pâté sur sa feuille, c’était plus simple, mais ce n’était pas moins dangereux pour les blouses. En effet, le pâté d’encre mettait toujours beaucoup de temps à sécher et alors, gare à ceux ou à celles qui, par mégarde, laissaient promener la manche de leur blouse au dessus de la feuille : c’était la grosse tache assurée, tant sous les manches de sa blouse que sur la feuille de papier.
Il faut dire aussi que, si vous aviez le malheur de passer vos manches sur une page non totalement sèche, même sans pâté, vous vous retrouviez immédiatement avec le double de votre écriture sous vos manches. Et il n’était pas rare de mettre ses manches sur une page que l’on pensait sèche et qui ne l’était pas totalement …

Le troisième écueil, qui a embêté le plus la famille, était les fameuses esquilles de bois qui dépassaient des mauvais papiers que l’on nous donnait pour écrire. Si la plume venait à gratter et à décoller du papier une de ces fameuses petites esquilles de bois, celle-ci venait se coincer au bout de la plume, la rendant totalement impropre à toute écriture. Mais comment faire pour retirer le petit morceau de bois planté au bout de sa plume sans se mettre de l’encre plein les doigts ? La maitresse nous disait, invariablement, de nous débrouiller … En fait, cela voulait dire d’essuyer notre plume sur le devant de notre blouse, jusqu’à ce que le petit morceau de bois soit parti … Je vous laisse deviner la suite et l’état des blouses…

Les blouses de mes sœurs étaient invariablement criblées d’encre : balafres de plume sur le devant, traces de doigts sur le côté ou sur les fesses … sans compter les taches involontaires, notamment quand, prenant trop d’encre sur sa plume, celle-ci vous tombait sur les genoux ou le devant de la blouse avant que la plume arrive au dessus du cahier ! De là l’utilité de ces grandes blouses longues et à manches boutonnées. Je dois reconnaître que, en tant que garçon, j’ai été traité de la même façon, si ce n’est que je ne portais qu’un cardigan en nylon bleu Nattier et non pas une blouse longue, car j’étais en culottes courtes et n’avais pas mes jupes à protéger Mais, mes blouses n’étaient pas plus propres.

Dans le primaire, mes sœurs partaient le matin et revenaient, le soir, en blouse. Et je me rappelle avoir observé, maintes et maintes fois, leur blouse se salir de plus en plus au fil de la semaine – Maman ne lavait nos blouses qu’une seule fois par semaine car elle n’avait pas encore de lave-linge, à cette époque.

Quelques anecdotes concernant les blouses de mes sœurs

L’une d’entre elle avait une voisine très belliqueuse, tant et si bien que, si elle empiétait sur la partie de table de sa voisine (en classe les élèves étaient sur des tables doubles), sa voisine prenait systématiquement sa plume et la piquait sur la partie de la blouse de ma sœur qui dépassait la ligne médiane de la table. Sa manche droite était donc toujours criblée de petites étoiles d’encre violettes ou noires et quelquefois le côté droit de sa blouse subissait le même sort ! Je ne vous dis pas quel était le spectacle en fin de semaine ! Maman en était parfois horrifiée et traitait ma sœur de souillon !

Un fois, en cours de dessin, une de mes sœurs a appris à faire de la peinture avec un pochoir (pinceau à poils durs pour faire des dessins avec une multitude de petits points de peinture et tapant le pochoir sur la feuille). Je ne sais pas comment elle s’y est prise mais, visiblement, elle avait dû mettre davantage de peinture sur sa blouse que sur sa feuille de dessin. C’était à un tel point que sa blouse était transpercée de part et part et que son corsage fût aussi maculé de traces de peintures !

Mes sœurs, tout comme moi, mangions à la cantine, le midi. A l’école il n’y avait pas de serviettes de table et, quand on est encore petit (6 à 10 ans), je vous jure que les blouses étaient bien utiles : taches de sauce, cuillère de yaourt, de petit suisse, de purée ou de compote trop remplie et qui déverse soudainement son surplus sur votre blouse lorsque vous la portez à votre bouche, sans compter le désastre du poulet que l’on mangeait avec les mains qu’il fallait bien ensuite essuyer quelque part (ce quelque part était quelquefois aussi la blouse de son voisin ou de sa voisine, surtout si on voulait se venger de crasses qu’il et qu’elle venait de vous faire).

Une année, une de mes sœurs est mal tombée. Elle s’est retrouvée assise en classe sur une vieille table toute raboteuse. Et, c’est là une des grosses faiblesses du nylon, j’ai vu sa blouse, au fil des mois se dégrader progressivement. Cela a commencé par quelques fils tirés sur le devant et sous les bras qui faisaient comme brider la blouse en certains endroits. Puis cela s’est caractérisé par de longs fils de nylon qui commençaient à pendre, de plus en plus nombreux, de telle sorte que, en fin d’année, sa blouse était devenue totalement tirée et immettable.

Une dernière bêtise de mes sœurs en primaire fut le jour où l’une d’elle est revenue de classe avec sa blouse et toutes ses affaires couvertes d’encre de la hauteur de la poitrine aux pieds. Lorsque Maman lui demanda des explications, celle-ci nous expliqua qu’elle jouait en classe, les mains dans sa case, sous son pupitre. Elle avait simplement oublié que, en haut et à droite, il y avait son écrier, qu’elle projeta involontairement en l’air sur sa table, ce qui aboutit immédiatement à lui verser toute l’encre de l’encrier sur toutes ses affaires. Et là, la blouse n’y suffit pas pour boire et éponger toute l’encre de son encrier …

 

 

 

 

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